Par le Dr Marc Ben Denoun, Port au Prince, Haiti

Nous avons assisté jeudi dernier au "cluster santé" des ONG. Etaient représentés différents membres de défense des femmes, des enfants, des services médico sociaux. La question qui a dominé cette rencontre est : "comment les ONG Internationales présentes vont elles contribuer à aider durablement les services médico sociaux Haïtiens ?"

Déjà connu en Afrique, il existe un risque réel d'attraction des professionnels de santé Haïtiens vers des emplois mieux payé et valorisant auprès des ONG que dans les structures d'état du pays.

Aussi, afin de ne pas encourager la désertification du service public Haitien de santé, les Nations Unies ont établi une grille de salaires n’allant pas au delà de 150 % du salaire haïtien pour les expatriés, ou une majoration maximale de 50% pour les haïtiens déjà en poste.

Il se pose aussi la question du renouvellement des médecins. Lors du séisme, la faculté de médecine des Lumières s'est effondrée et à ensevelis la totalité des étudiants de 6e et dernière année. Il n'y a aucun survivant dans cette promotion de futurs jeunes médecins. De même, de l’école d’infirmière une dizaine d'étudiantes seulement ont pu être sauvées.

Nous avons également appris lors de cette réunion qu'il y a une réelle augmentation des populations vivant sous des tentes, de peur de voir leur maison s'effondrer. Cette population n'est pas comptabilisée, et cela peut expliquer une sous estimation des moyens mis en œuvre pour mettre à l'abris. Parfois des chiffres sont annoncé et sont difficilement vérifiables, comme pour les amputations : 40 000 selon les organisations locales et 4 000 selon l'ONG Handicap International.

L'Organisation Mondiale de la Santé va devoir intervenir dans le relogement des sans abris vivant en grande précarité. Le "bloc B" de Port au Prince sera recensé en premier. Ce secteur est à haut risque d’écroulement avec encore plus de 7 500 personnes à reloger.

Dans le quartier de Bristout Bobin, ou est ouverte la Maison de Santé de Help Doctors, le représentant de la communauté, Mr Orival AURELUS, nous fait part de son sentiment et de celui de la population. Ce morceau de terre est la seule propriété que certains haïtiens possèdent, certaines maisons sont fissurées, d’autres écrasées, et ils ne veulent pas déloger, ils vivent parfois à 15 dans une tente de fortune et ils sont prêts à rester plusieurs mois dans cette situation. Ils souhaitent que tout soit rasé pour reconstruire à la même place, ils ne veulent pas habiter ailleurs que dans cette terre qui est la leur.

Au delà de leur l’émotion, au delà du traumatisme, tout le monde s’organise pour l’avenir, il reste encore à tisser la trame d’une histoire dont le scénario n’est pas le nôtre.