Port au Prince, le 31mars 2010, Corinne Perron

Nous soignons en moyenne 80 personnes par jour, en majorité des femmes et des enfants, pour traiter des pathologies principalement liées aux conditions d’hygiène et de vie difficile dans ce quartier surpeuplé avec ses 25000 habitants. Des infections en tout genre, des affections respiratoires, des plaies surinfectées. Des problèmes gastriques et des diarrhées sévères dues à l’utilisation d’eau non potable. Encore sous le choc du drame qu'ils ont vécu il y a deux mois et demi, beaucoup de patients se plaignent de difficultés du sommeil et certains ont besoin d’un soutien psychologique.

lenycs.jpg

Roselaine, représentante des femmes du quartier, vient de temps en temps dans ce qui sert de salle d’attente (un petite espace de terre et de cailloux sous une bâche bleue) faire un cours sur l’hygiène et la nutrition aux femmes qui attendent là. Elle donne de nombreux conseils.

L’équipe médicale épaulée par Josué, le secrétaire, est bien organisée et les consultations, bien que nombreuses, se déroulent dans le calme et la sérénité.

cs_steto.jpg

Les trois médecins haïtiens (Lunie, Steven et Handy) offrent aux patients une écoute attentive et parlent avec une grande douceur. Leurs qualités humaines et professionnelles sont très appréciées de la population.

Un des médecins que nous avons rencontré reste très critique sur l'afflux d'aide internationale dans les hôpitaux : "Nous gardons une certaine rancœur vis à vis de quelques occidentaux pour le mépris avec lequel ils ont pu parfois considérer leurs confrères haïtiens dans les 15 premiers jours après la catastrophe. Des soignants internationaux ont pris notre place et nous n'avons pas été en mesure de continuer notre travail dans nos hôpitaux. Pourquoi ne pas nous avoir demandé de rester ?".

Dans la Maison de Santé de Bristout, la présence d'un personnel soignant Haïtien est indispensable, que ce soit pour la compréhension de la langue ou des comportements sociaux.

Quelques jours après le séisme, les habitants du quartier ont spontanément crée "un comité" de coordination pour réunir toutes les associations locales, transcendant ainsi tous les groupes communautaires existants. C'est ce "comité", coordonné par M. Orival Aurélus, qui est à l'origine de la demande d'ouverture d'une maison de santé de Bristout-Bobin.

En nous accompagnant dans toutes les ruelles du bidonville dès le premier jour, Orival nous a présenté (nous, les "Help Doctors Français") à la population et aux nombreux membres du "comité", qui représentent chacun un groupe et sont responsables de chaque «bloc» dans le bidonville.

4X4.jpg

Intégrés dans la communauté, nous n'avons pas été confronté à des situations d'insécurité. Nous travaillons et nous nous déplaçons librement dans le bidonville. Nous circulons à pied et non pas en 4X4. Chaque jour qui passe et chaque pas que nous faisons dans les ruelles du quartier ne font qu'augmenter un peu plus notre proximité avec les habitants.

L’annonce aujourd’hui des dix milliards de dollars promis par les pays donateurs et membres de la conférence des Nations Unies semble faire l'unanimité dans le monde humanitaire. Souhaitons simplement que cet argent puisse aussi parvenir le plus vite et le plus directement possible au peuple Haïtien à travers les nombreux comités de quartiers qu'ils animent avec succès, comme celui de Bristout/Bobin.