A Madagascar, le processus de paix vole en éclats
LE MONDE, 21.12.09, 09h46

La trêve de Noël, à Madagascar, n'aura pas lieu. Dimanche 20 décembre, l'homme arrivé au pouvoir à Antananarivo en mars, Andry Rajoelina, a consacré la mort clinique du processus de sortie de crise de la Grande Ile, en nommant par décret un militaire, le colonel Albert Camille Vital, comme premier ministre. Vendredi, il avait limogé le premier ministre "consensuel", Eugène Mangalaza, désigné deux mois plus tôt par les quatre formations politiques impliquées dans la médiation, et annoncé l'organisation d'élections hors de ce processus. Cette politique de rupture a été qualifiée de "décision illégale prise par un pouvoir illégal" par les mouvances de l'opposition.

Par un décret unilatéral, l'homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, annule la nomination d'Eugène Mangalaza, désigné le 6 octobre dernier premier ministre au terme d'un accord de partage du pouvoir.

Les faits Madagascar : Rajoelina nomme unilatéralement une première ministre

Présidée par l'ex-président mozambicain Joachim Chissano, impliquant l'Union africaine, les Nations unies et la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), la médiation internationale avait réussi, en neuf mois, à aplanir rivalités et animosités parmi les leaders malgaches. Les leaders de quatre mouvances (un concept forgé pour la circonstance) s'étaient entendus à Maputo (Mozambique) sur l'architecture d'un pouvoir de transition destiné à amener la Grande Ile à des élections avant la fin 2010. Cette première vague de décisions avait été prise de manière "consensuelle", impliquant la nomination d'Eugène Mangalaza.

GRILLE DE RÉPARTITION

En octobre, Madagascar semblait échapper à la menace de voir les divisions au sein de l'armée, les tensions régionales, les errements du nouveau pouvoir et les manifestations de l'opposition, mener le pays à la catastrophe.

Marc Ravalomanana, président déposé en mars, avait ainsi accepté de repousser son retour à Madagascar, aux conséquences imprévisibles, dans le but de donner une chance supplémentaire à une solution négociée.

Andry Rajoelina, de son côté, avait fait d'importantes concessions, peu appréciées par les ultras dans son camp. Ces derniers, aujourd'hui, triomphent. Au cours des dernières semaines, l'intransigeance des chefs des mouvances, décidés à remettre en cause la "grille de répartition" des ministères pour dépouiller la mouvance Rajoelina de tous les postes importants avait ouvert la voie à cette radicalisation. Preuve de la rupture, Andry Rajoelina a installé un colonel à la tête du gouvernement.

Parallèlement, les mouvances d'opposition de Marc Ravalomana, de Didier Ratsiraka et d'Albert Zafy affirment s'apprêter à mettre en place leur propre gouvernement issu du processus de Maputo.

Cette crise, au minimum, devrait paralyser un peu plus une économie qui peine déjà à nourrir sa population. Entre lundi et mardi, les chefs des mouvances devraient installer leurs propres responsables, du premier ministre au Comité national pour la réconciliation. Avec deux gouvernements parallèles, Madagascar risque de basculer dans la violence.

Le colonel-premier ministre a décrit dès dimanche soir ses priorités : "la sécurité et les élections". De son côté, Fetison Rakoto Andrianirina, qui dirige la mouvance de Marc Ravalomanana, s'inquiète : "Nous n'avons aucun contact. Ils ont coupé les ponts. C'est une fuite en avant."

Jean-Philippe Rémy, Article paru dans l'édition du 22.12.09