L’afflux massif de l’aide internationale a créé un précédent dans l’aide humanitaire, dont on commence à percevoir les répercussions à long terme.

Le coût de la vie a considérablement augmenté. La présence des ONG internationales mais surtout des grandes agences des Nations Unies a fait explosé les prix au quotidien. Que ce soit sur les locations de maisons, de voitures, voire les produits de première nécessité. L'autre effet du désengagement humanitaire est la montée du chômage. Tous ceux qui étaient employés par les organismes internationaux se retrouvent sans travail. Malgrè celà, tous ceux que nous avons interrogés nous confirment qu'ils ont une meilleure qualité de vie par rapport à la période de conflit armé avant le Tsunami.

La répercussion probablement la plus importante de cette tragédie est d’avoir pu mettre fin à 30 ans de guerre civile, par la signature à l’été 2005 d’un protocole de paix entre le mouvement indépendantiste Acehnais : le GAM (Free Aceh Movement) et le gouvernement central de Jakarta.

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Notre mission avait comme objectif d'effectuer un audit et une aide à l'organisation du service des urgences du nouvel hôpital central Zainoel Abidin d'Aceh. Très endommagé lors du tsunami et de maintes fois réhabilité par les humanitaires, l'hôpital précédent est toujours debout. A 50m de là, la coopération Allemande a construit un immense hôpital sur 4 hectares, avec exactement la même capacité d'accueil en nombre de lits (350). Ce bâtiment ressemble plus à un aéroport qu'à un hôpital. Les urgences ont été inaugurées il y a tout juste une semaine. Sur des dizaines de mètres carrés de salles communes, les rares patients attendent isolés sur des brancards, loin du regard des infirmières. Ces urgences ont été crées pour des situations de catastrophes comme le Tsunami, et absolument pas pour une activité de proximité classique d'une ville de province comme Aceh.

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S'il est évident que les locaux et le matériel sont neufs, le personnel médical ne semble pas à la hauteur. Le Dr Ennis, jeune chef de service des urgences (neurochirurgien de formation), nous confirme qu'ils n'ont reçu aucune formation à la gestion des urgences quotidiennes. "De nombreux humanitaires nous ont fait des formations courtes de médecine de catastrophes, mais personne n'a appris à nos jeunes médecins à réanimer un enfants ou un blessé grave de la route" nous confie t-il. Avec ses collègues des autres services et le Directeur Adjoint, il regrette qu'en 5 ans, il n'y ait eu aucune formation de spécialistes urgentistes, ni d'infirmière de réanimation. Leur demande aujourd'hui porte exclusivement sur la formation à l'étranger (en France) de médecins spécialistes d'urgence.

Le CHRU de Lille a été le seul hôpital à se jumeler avec l'hôpital Abidin en janvier 2005. La Fondation de Lille a été moteur dans l'aide Lilloise aux victimes du Tsunami, et c'est grâce à elle que nous avons pu retourner sur place et travailler autour de la question de l'organisation des urgences. Malgré toute cette bonne volonté, aujourd'hui l'urgence est passée et aucun bailleur n'acceptera de donner un euro de plus pour de la formation et des projets de développement.

A Aceh, faudra t-il attendre une nouvelle catastrophe pour améliorer le niveau médical des soignants et l'accès aux soins des patients ?

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