Une société en détresse à cause du VIH/sida James Hall

MANZINI, 30 juillet (IPS)

Dans une vallée étroite située entre des montagnes rocheuses, Gogo Ndlovu s'occupe de ses cinq petits-enfants orphelins. Cette grand-mère mince et voûtée s'appuie sur son bâton devant un champ de maïs planté avec l'aide de ses voisins. Les tiges sont fragiles et les épis sont difformes.

"La pluie est venue mais elle s'est arrêtée, et le maïs a cessé de pousser. Nous n'avons rien. Je ne sais pas quoi faire. Lorsque vous allez au magasin pour avoir des vivres, ils ne veulent que de l'argent", dit-elle. Les garçons Famuza (9 ans), Sifiso (11 ans), Sandla (11 ans) et Mbuso (10 ans), et leur sœur Nelisiwe (12 ans), ont peu d'habits pour aller à l'école. Deux garçons se partagent une paire de chaussures, tandis que les autres sont pieds nus. Ils vont à l'école affamés, mais ils y reçoivent un déjeuner du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Ndlovu et sa progéniture sont aidés par les agences humanitaires, mais tous les ménages n’ont pas cette chance. La famille reçoit des rations d'urgence du Programme alimentaire mondial (PAM). Les enfants fréquentent l'école et leurs frais de scolarité sont payés par un programme gouvernemental. Cette famille est pourtant confrontée aux mêmes difficultés quotidiennes dans ce petit royaume montagneux d'Afrique australe.

Avec un taux de prévalence du VIH/sida de 19% -- l’un des plus élevés au monde – la pandémie a un impact sans précédent sur le Swaziland. L'espérance de vie est tombée de 60 ans à 31 ans dans le pays. Et 1 enfant sur 3 est orphelin à cause du sida. L'an dernier, environ 40% de la population dépendait de l’aide alimentaire.

"Le sida a contribué à la pénurie alimentaire". Des familles perdent leurs chefs de ménage, des hommes et des femmes valides. Ceux qui restent sont des grands-parents, qui ont souvent eux-mêmes besoin d'attention, mais ils doivent à nouveau élever une génération d'enfants. Les grands-parents sont trop âgés pour cultiver les champs et les enfants sont trop petits", explique Abdoulaye Baldé, représentant du PAM au Swaziland.

Les terres sont donc laissées en jachère, ce qui dans la coutume swazie met les enfants en péril. Certains chefs ont par exemple expulsé d'anciens résidents d'une terre après les décès liés au sida. Plusieurs organisations ont donc fait du droit à la propriété des orphelins une priorité. L’organisation 'Women in Law in Southern Africa', l’association de femmes séropositives 'Swazis for Positive Living (SWAPOL)' et l'UNICEF collaborent pour garantir que les enfants ne soient pas détachés des lieux qu'ils ont toujours connus comme maison.

"Nous nous sommes lancés dans des projets destinés à aider les personnes affectées par le sida. Depuis que nous avons commencé, en 2003, au moins un quart de l'argent que nous gagnons avec nos projets agricoles ou de couture va aux orphelins", explique Siphiwe Hlope, la fondatrice du SWAPOL.

"Le danger auquel sont confrontés ces orphelins est l'abandon, parce leur nombre est tellement élevé. Une personne sur cinq dans ce pays sera un enfant de moins de 15 ans, orphelin parce que ses deux parents seront morts du SIDA, et ce dans seulement deux ou trois ans. Où sont les ressources pour s'occuper d'eux?", interroge Sunshine Kunene, membre de SWAPOL.

Pour Agnes Khumalo, assistante sociale, "le Swaziland ne peut pas s'en sortir seul. Aucun pays ne pourrait gérer une crise du sida en plus d'une crise alimentaire et humanitaire. Presque la moitié des femmes enceintes au Swaziland sont séropositives", souligne-t-elle.

Selon une étude menée en 2007 par la Division de la recherche sur l'économie de la santé et le VIH/sida de l'Université du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud, le Swaziland est en train d’être dévasté par la pandémie et il n'obtient pas l’attention dont il a besoin de la part de la communauté internationale.

Le pays est en effet handicapé par ses succès économiques passés et considéré, aujourd’hui, comme un pays à revenu intermédiaire. Il ne peut donc accéder aux aides dont bénéficient les pays à faibles revenus de la part des donateurs internationaux.

Or, cette étude intitulée "Réexaminer les urgences pour le Swaziland" soulignait que le taux de décès liés au VIH/sida dépassait les seuils de mortalité quotidienne utilisés par les agences internationales comme indicateur d'urgence. Mais malgré la mise en œuvre de plusieurs programmes d'appui, leur capacité à répondre aux besoins semble flagrante, concluait le document. (FIN/IPS/2008) MDG1 MDG6