La prise en charge des urgences vitales est particulière à Shiffa. Les blessés les plus graves avec des lésions des membres, du thorax ou de l’abdomen sont, dès leur sortie de l’ambulance, montés dans le bloc opératoire au premier étage. Ils n’ont pas de bilan radiologique et seule l’expertise du chirurgien guide la décision d’intervenir. Il n’est pas rare qu’un patient installé sur la table soit opéré moins de 15 minutes après son arrivée à l’hôpital.

Le Dr Mamoun, chirurgien orthopédiste, a travaillé 12 heures au bloc. « Pour la première fois de ma vie, j’ai opéré sur un brancard dans le couloir » me dit-il, encore surpris de ces conditions de chirurgie de guerre. « C’était un jeune homme de 25 ans. Il était venu rendre visite à des amis pour un deuil. Alors qu’il parlait avec d’autres devant la maison, une bombe a explosé. Il y a eu 8 morts et 15 blessés. Mon patient avait une hémorragie importante sur un fracas de jambe. Son coude gauche avait été arraché. Il était recouvert d’éclats sur le corps. J’ai dû pratiquer l’amputation dans le couloir avec très peu de matériel. Je n’avais pas le choix, il avait perdu sa jambe, il saignait beaucoup et tous les blocs étaient occupés ».

Patient amputé.jpg

De son côté, le Dr Muneer reste très étonné des blessures qu’il peut voir : « plusieurs malades avaient des trous dans le corps. Très nets, de la taille d’une paille. On pouvait voir à travers la jambe, ou y passer le doigt. C’était comme s'ils avaient été blessés par un tube brulant qui avait fait disparaître tous les tissus ».

Malgré une longue expérience professionnelle, y compris sur des terrains de conflits, nous sommes peu habitués à voir des lésions aussi importantes et multiples sur des blessés. La chirurgie de guerre, c’est à la fois des blessures d’une rare violence et un manque de moyens permanent. Nous n’avons pas le choix, il faut s’adapter et agir vite pour sauver le maximum de vies.