Le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains demande l'ouverture d'une enquête internationale sur la répression sanglante des récentes manifestations antichinoises. Le dalaï-lama, chef spirituel des Tibétains a appelé dimanche à l'ouverture d'une enquête internationale sur la répression sanglante des récentes manifestations au Tibet et a dénoncé «une forme de génocide culturel» en cours selon lui dans cette région. Selon le gouvernement en exil, au moins 80 personnes ont péri et 72 autres ont été blessées, dans cette répression

PEKIN (AFP) — Les émeutes anti-chinoises de vendredi à Lhassa ont fait au moins 10 morts dans une ville désormais aux mains de l'armée au moment où la Chine est sous les projecteurs avant les jeux Olympiques.

Des "informations non confirmées" reçues par le gouvernement tibétain en exil ont fait état d'une cent de morts.

Quel que soit le bilan définitif, il s'agit des manifestations les plus sanglantes au Tibet depuis 1989 qui s'étaient soldées par des dizaines de morts.

"Les victimes sont toutes des civils innocents et elles sont mortes carbonisées", a indiqué un responsable du gouvernement régional du Tibet, cité par l'agence Chine Nouvelle.

Parmi les morts, figurent deux employés d'hôtel et deux commerçants, a ajouté le responsable.

De nombreuses boutiques ont brûlé vendredi dans le coeur historique de la capitale du Tibet pendant des manifestations organisées par des moines bouddhistes, célébrant depuis le début de la semaine le 49e anniversaire du soulèvement de Lhassa qui avait abouti à l'exil du dalaï lama.

Plus de 160 incendies ont officiellement été répertoriés, dont 45 d'ampleur importante.

Selon les autorités chinoises, les exactions ont été menées par des "casseurs", des "saboteurs".

Deux chaînes de la télévision nationale, celle d'informations et celle destinée à l'international, ont diffusé samedi des images des émeutes. On peut y voir une foule de manifestants, parmi lesquels des moines, s'en prendre à des commerces, les saccager ou y mettre le feu. "Le peuple du Tibet est révolté par cela et condamne fermement ce mouvement qui est voué à l'échec", selon la voix off du reportage diffusé sur la chaîne internationale.

Un commerçant chinois de Lhassa, joint samedi par téléphone par l'AFP, a affirmé que des moines avaient agressé des Chinois avec des couteaux.

"Des policiers ont été blessés, mais les moines ont également attaqué des gens de la rue", a-t-il raconté. Le gouvernement régional affirme que les forces de l'ordre n'ont pas tiré de coups de feu contre les manifestants mais ont procédé à des tirs de sommation.

Selon les autorités, aucun étranger n'a été blessé lors de ces manifestations "fomentées par le dalaï lama et sa clique".

"Le complot des séparatistes va échouer", a martelé Qiang Ba, président de la région sous contrôle chinois depuis 1951.

"Les séparatistes, nous les combattrons fermement avec la loi", a ajouté le dirigeant.

Les autorités policières et judiciaires du Tibet ont appelé à l'arrêt des troubles et promis la clémence aux émeutiers de Lhassa s'ils se rendaient avant lundi minuit (16h00 GMT).

Samedi, Lhassa était calme et quadrillée par les forces de l'ordre, selon des témoins.

"Il y a beaucoup de policiers armés et des soldats dans le rues. J'ai vu des chars et des véhicules de patrouille", a indiqué ce témoin chinois, sous couvert de l'anonymat.

"Les forces de l'ordre bloquent les rues et contrôlent les véhicules, mais les voitures sont très rares, il n'y a pas de taxis, c'est exceptionnel", a ajouté au téléphone cet employé d'une école secondaire.

Une réceptionniste d'hôtel a affirmé que les employés et les clients n'avaient pas le droit de sortir, la police bloquant les issues: "Depuis hier la police nous a dit qu'on ne pouvait pas sortir".

Pour un homme d'affaires chinois, qui possède une petite boutique dans le coeur historique où ont éclaté les émeutes, "cela ressemble à la loi martiale".

"Nous avons peur, nous restons cloîtrés chez nous, il y a tellement de policiers et de soldats qui patrouillent dans les rues", a-t-il expliqué.

Les autorités chinoises ont affirmé que la loi martiale n'était pas en vigueur à Lhassa. Mais l'accès du Tibet aux voyageurs étrangers en Chine est désormais impossible, selon plusieurs tour-opérateurs chinois.

Ces violences interviennent à cinq mois des jeux Olympiques de Pékin et placent le gouvernement chinois , déjà sous pression sur le terrain des droits de l'homme, dans une situation délicate.

Vendredi, les Etats-Unis et l'Union Européenne avaient fait part de leur inquiétude et appelé la Chine à la "retenue" dans cette crise.

Le Premier ministre du gouvernement tibétain en exil Samdhong Rinpoché a demandé samedi à la Chine d'agir avec "compassion" et "sagesse".

Le gouvernement tibétain en exil a aussi appelé à une enquête de l'ONU sur les violences, qu'il a qualifiées de "violations des droits de l'Homme".